Migrations climatiques : un enjeu complexe

Dorothée Boccanfuso
Professeure à l’École de gestion
Université de Sherbrooke

Benoît Kafando
Doctorant à l’École de gestion
Université de Sherbrooke

Les premiers mouvements migratoires de l’être humain moderne remontent à l’ère du paléolithique. La dynamique de ces mouvements était en partie expliquée par le rythme des oscillations climatiques. Toutefois, l’ampleur des migrations de cette période était moins préoccupante comparativement à celle observée à notre époque. En effet, de nos jours, le nombre de migrant.e.s climatiques s’est accru du fait de la vitesse des changements climatiques et de ses effets en particulier dans les pays en développement. Ainsi, un grand nombre d’individus quittent très souvent leur lieu de résidence vers d’autres destinations à l’intérieur ou à l’extérieur du pays d’origine. En 2018 seulement, plus de 16 millions de personnes ont migré pour des raisons climatiques (IDMC, 2019). Les populations qui se déplacent à la suite de catastrophes naturelles ou environnementales sont appelées « migrant.e.s climatiques ». Pour sa part, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM, 2007) qualifie de migrant.e.s climatiques toutes  « personnes ou [tous] groupes de personnes qui, pour des raisons impérieuses liées à un changement climatique soudain ou progressif influant négativement sur leur vie ou leurs conditions de vie, sont contraintes de quitter leur foyer habituel ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, et qui, de ce fait, se déplacent à l’intérieur de leur pays ou en sortent ».

Les migrations provoquées par les catastrophes liées aux changements climatiques peuvent être internes (nationales) ou externes (internationales). Elles sont internes lorsque les individus se déplacent à l’intérieur du pays d’origine. Ces types de migrations sont fréquents au Sahel où les mouvements de populations se font généralement des zones arides vers celles mieux arrosées. Les migrations sont externes ou internationales quand les individus quittent leur pays d’origine pour aller s’installer dans d’autres pays, comme c’est le cas de certains déplacements de populations des pays sahéliens vers les pays côtiers, ou plus généralement les migrations des pays en développement vers certains pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Théoriquement, aucun pays dans le monde n’est à l’abri des catastrophes climatiques. Toutefois, les conclusions des recherches sur le sujet convergent vers l’idée que les pays en développement (PED) et les États insulaires sont les plus exposés (Banque Mondiale, 2018). Cet article a pour objectif d’éclairer l’opinion publique sur l’état des lieux des débats menés autour des migrations climatiques. Plus spécifiquement, nous présenterons un rapide historique de ce phénomène en nous appuyant sur la littérature scientifique. Nous reviendrons ensuite sur les principales causes et conséquences de ces migrations. Puis, nous présenterons quelques mesures préconisées pour une meilleure adaptation aux changements climatiques et à ses conséquences ainsi qu’une meilleure atténuation de ces derniers.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *