Urgence climatique et équité sociale : plaidoyer pour une tarification du carbone

Alain Webster
Professeur au Département d’économique
Université de Sherbrooke

L’ampleur du défi climatique

L’ampleur et la rapidité des changements climatiques sont largement documentées par la communauté scientifique. Pour le Secrétaire général des Nations Unies, « malgré une dynamique encourageante, nous ne progressons pas assez rapidement. Le changement climatique est plus rapide que nous » (UNSG, 2018). Pour le GIEC (2018), la réussite de cette transition nécessitera des changements majeurs dans de multiples secteurs tels que l’énergie, l’industrie, le bâtiment, le transport, l’agriculture et l’urbanisme.

Comment alors influencer les comportements d’agents économiques aussi diversifiés que le consommateur qui utilise un carburant pour assurer ses déplacements, une agricultrice qui les emploie pour sa production ou un industriel qui utilise ces mêmes carburants pour assurer les besoins énergétiques de son entreprise?

La notion d’externalité

Les bénéfices liés à la réduction des gaz à effet de serre (GES) sont principalement globaux et futurs, tandis que les coûts de cette atténuation sont supportés immédiatement par des citoyen.ne.s à l’échelle locale. Dans ce contexte, et parce qu’ils ne sont ni obligés ni incités à le faire, les acteurs économiques, règle générale, ne prennent pas en compte les dommages qu’ils causent par l’émission des GES. Une situation classique « d’externalités négatives » où l’absence d’une saine gestion engendre ce qu’il convient d’appeler la « tragédie des biens communs », soit une dégradation du bien commun découlant de sa surexploitation. 

Pour corriger cette situation, les gouvernements peuvent mettre en place des règlements selon une approche traditionnelle dite de « command and control » : une approche efficace lorsque le nombre d’acteurs est restreint ou que l’on cherche à imposer une norme spécifique. Pour la science économique, la correction qui s’impose est d’un autre ordre. Il s’agit d’intégrer ces coûts environnementaux dans la prise de décision par une démarche dite d’internalisation des coûts environnementaux, démarche proposée par l’économiste Arthur Pigou dès… 1920. Cette notion d’internalisation des coûts est même transposée en principe dans la loi sur le développement durable au Québec : « la valeur des biens et des services doit refléter l’ensemble des coûts qu’ils occasionnent à la société durant tout leur cycle de vie, de leur conception jusqu’à leur consommation et leur disposition finale » (Éditeur officiel du Québec, 2019).

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