Du réchauffement aux conséquences écologiques : s’adapter, migrer ou disparaître

Limoilou-Amélie Renaud
Chargée de cours au Département de biologie
Université de Sherbrooke

Mark Vellend
Professeur au Département de biologie
Université de Sherbrooke

Fanie Pelletier
Professeure au Département de biologie
Université de Sherbrooke

Nous sommes en 1930, et un homme, agenouillé au sol, ajoute méticuleusement une date à son calepin. Il note la date de floraison d’une plante (le tussilage) qu’il observe (voir la figure 1A). Sans le savoir, cet homme amorce une étude à long terme sur les réponses des plantes au réchauffement climatique. Près d’un siècle plus tard, des chercheur.euse.s scrutent les informations contenues dans les herbiers du Frère Marie-Victorin, un des botanistes les plus actifs au Québec avant la Seconde Guerre mondiale. Cette méthode originale a permis à une équipe de scientifiques de l’Université Laval, menée par Claude Lavoie, de montrer que le tussilage fleurit aujourd’hui environ 19 jours plus tôt que dans les années 1920, ce qui coïncide avec un devancement de l’arrivée du printemps.

Comme tous et toutes les botanistes depuis plusieurs siècles, le Frère Marie-Victorin conservait ses spécimens de plantes en les pressant entre deux planches rigides. Avec ces spécimens, des informations étaient systématiquement notées : le nom de l’espèce, la présence de fleurs, la date et le lieu de collecte. Aujourd’hui, ces informations forment l’essentiel d’une base de données impressionnante. Des centaines de millions de spécimens ont ainsi été collectés ici et là sur la planète, puis conservés dans des herbiers, permettant aux scientifiques d’étudier des tendances à long terme dans les dates de floraison. À l’aide des données météorologiques historiques, les chercheur.euse.s peuvent associer la température à la date de floraison du spécimen. Il a également été possible de montrer qu’entre l’époque du Frère Marie-Victorin et la nôtre, les températures hivernales ont augmenté de 2,3°C, et les températures printanières, de 0,8°C. En apparence anodine, un réchauffement des températures de 2,5°C correspond à la différence de température estivale entre l’Abitibi et Montréal. Il s’agit d’un réchauffement suffisant pour influencer les réponses écologiques de milliers d’espèces de plantes et d’animaux à l’échelle de la planète.

Le tussilage a donc devancé ses dates de floraison pour qu’elles coïncident avec des conditions toujours optimales. L’exemple du tussilage n’en est qu’un parmi tant d’autres qui illustre la diversité des stratégies adoptées par les organismes vivants pour s’adapter au réchauffement climatique. Cet article est un aperçu des connaissances scientifiques sur les stratégies et réponses écologiques que les organismes vivants utilisent pour faire face, notamment, à l’augmentation des températures à l’échelle globale. Toutefois, pour certaines espèces, le réchauffement survient à une vitesse trop rapide, menant à leur disparition, et laissant parfois place à de nouvelles espèces.

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